Au sommaire :
- Taille et résolution
- L’évolution du métier
- La révolution HDR
- La solution inattendue : les écrans gaming
- Les pièges à éviter
- Conclusion
Introduction
Après quinze ans à chercher les meilleures solutions d’affichage pour mon travail de photographe, avec des budgets variés — plutôt réduits au début, un peu plus confortables aujourd’hui sans être pour autant Crésus — je me suis toujours penché sur la qualité de mes écrans.
C’est à travers eux qu’un photographe/vidéaste donne corps à ses images.
Aujourd’hui, je souhaite partager avec vous une approche qui pourrait modifier votre manière d’envisager cet investissement crucial. Il est temps de se défaire de certains mythes 😉
Taille et résolution
Quelle taille ?
Le 27 pouces représente le sweet spot : suffisamment grand pour travailler confortablement, pas trop encombrant, proposé à des prix raisonnables par tous les fabricants. Le duo classique : deux écrans de 27 pouces.
Quelle résolution ?
Mon choix : la 4K (3840 × 2160) sans hésitation. Nous avons un usage mixte photo-vidéo, et afficher de la 4K nativement est très important. Avec la qualité des capteurs actuels, on zoome constamment dans nos images pour chercher les détails. On dit souvent que le gain de définition ressentie n’est pas vraiment perceptible en dessous de 32″… c’est plutôt faux pour beaucoup de raison nous concernant :
- L’écran de travail, sur un bureau, est à 50cm de notre nez. Une télé est à plusieurs mètres.
- Le rendu d’effet très utilisés comme la clarté ou la netteté réagisse de manières bien plus subtiles sur des écrans à grande résolution.
Alternative budgétaire : QHD (2560 × 1440). Mais ne descendez pas en dessous — le Full HD (1920 × 1080) est dépassé.
Important : La 4K demande une configuration informatique solide. Les aperçus générés par vos logiciels de retouche pèsent lourd en stockage et en ressources. Ne partez pas sur un écran 4K si votre machine s’essouffle facilement.
Quel espace colorimétrique ?
Ne me fait pas dire ce que je n’ai pas dit ! Etre incollable en espace colorimétrique, c’est aussi important en soirées que dans la pratique pro.
Et surtout, la conformité des couleur est un savoir-faire incontournable que vous devez proposer à vos clients.
Cependant, les images ne sont plus utilisées comme avant. Aujourd’hui, se contenter d’une couverture de seulement 92% de l’espace adobeRGB, c’est tout à fait acceptable. D’autant plus que souvent, les 8% « manquants » se trouvent dans des tonalités peu utiles (à vérifier tout de même sur des tests objectifs de DeltaE sur les modèles que vous visez)
Les espaces colorimétrques en HDR, c’est encore plutôt la jungle… ce n’est pas encore « tranché » :
On parle beaucoup de « DCI P3 » et c’est 100% de ce dernier que les écrans HDR couvrent souvent. En vidéo, c’est encore une autre histoire, avec d’autre noms mignons comme le Rec2020 ou je ne sais plus quoi 😉

L’évolution du métier
La question fondamentale
Quel usage vais-je faire de mes photos, et surtout, quel usage vont en faire mes clients ? Cette question détermine les exigences réelles envers votre écran.
Les photographes de longue date vous parleront de conformité des couleurs et d’espaces colorimétriques (sRGB, Adobe RGB). C’est extrêmement important à comprendre et à respecter, mais pas forcément essentiel à respecter à la lettre « absolue ».
Le changement de paradigme
Aujourd’hui, environ 15% seulement de mon travail finit en print. Tout le reste part en communication digitale — un univers qu’on ne maîtrise absolument pas et où l’exactitude parfaite des couleurs est beaucoup plus discutable dans de nombreux cas.
Pour les photographes de mariage/protrait, de reportage ou encore « lifestyle, l’exactitude parfaite des couleurs n’est pas le Graal. On interprète nos images dans nos retouches.
Note importante : je n’inclus pas ici la photographie culinaire ni la photographie de produits, où la maîtrise précise de la couleur reste critique.
Contrairement aux apparences du propos, la conformité des couleurs est au coeur des exigences professionnelles du photographe. L’évolution est simplement de constater que la chaine graphique, qui pouvait être cohérente en print, devient complètement chaotique en digital.
La révolution HDR
La plus grande évolution en matière de perception des images : l’apparition des écrans HDR et de l’affichage HDR des images. Le HDR permet aux écrans de dépasser un certain seuil de luminosité et de coder les couleurs avec une plage dynamique bien plus étendue.
Vous pouvez avoir une image d’une luminosité tout à fait classique mais le soleil en contre-jour devient réellement éblouissant.
Mon expérience : Quand vous basculerez une image retouchée pour le HDR, la photo que vous pensiez pourtant parfaitement traitée en SDR vous paraîtra complètement plate. C’est stupéfiant.
Le problème : Les vraies marques professionnelles (BenQ, EIZO, ViewSonic) proposent des écrans HDR avec auto-calibration entre 5 000 et 7 000 euros pour du 27 pouces.
La solution inattendue : les écrans gaming !
Pourquoi l’industrie du gaming (pour les dinosaures : « le jeu ») change la donne
(prononcer gaaaaaaayming)
J’ai la chance d’être un gamer 😉 (et un dinosaure) depuis longtemps. Le gaming a apporté quelque chose de crucial : la popularisation des dalles HDR. Les fabricants rivalisent pour créer des produits attractifs et abordables pour les joueurs.
Les écrans haut de gamme de gaming 😉 possèdent aujourd’hui énormément de qualités pour la photo et la vidéo :
- Contraste infini grâce aux technologies OLED
- Allumage pixel par pixel, évitant les effets de blooming
- Homogénéité de dalle remarquable (QD-OLED, W-OLED)
- Couvrent >90% de l’espace adobeRGB (ne pas prendre en dessous, on est pas des sauvages non plus)
- Prix accessibles
Dalle brillante vs mate
J’ai basculé sur une dalle brillante OLED il y a quelques années avec mon premier écran gaming 😉. Il y a eu un avant et un après. La richesse de contraste et de couleurs, la gradation infinie des luminances en HDR… je ne peux plus revenir en arrière.
Contrepartie : Il faut travailler dans un environnement lumineux contrôlé. Les dalles brillantes n’aiment pas les fortes luminosités. Mais si vous installez un écran de retouche photo, vous êtes généralement déjà dans cet environnement.
Note sur le nano-texturé (Aspect mate Apple) : Excellent sur ordi portable avec lequel on ne maitrise pas les environnements lumineux. Mais sur un écran « fixe », une dalle brillante avec bon traitement anti-reflets suffit largement.
Le rapport qualité-prix
Pour 580 euros, vous pouvez avoir un écran 27 pouces HDR absolument époustouflant. Comparez :
- Apple Studio Display : 1 800 euros
- Écrans pros (BenQ, EIZO, ViewSonic) : 3 000 à 7 000 euros
Pour le prix d’un écran pro haut de gamme, vous pouvez avoir 5 à 10 excellents écrans gaming 😉 HDR.
Les pièges à éviter
1. La calibration est INDISPENSABLE
Les réglages d’usine sont saturés pour les kikou joueurs 😉. Calibrez impérativement votre écran avec une sonde colorimétrique. Comparé à votre matériel photo, une sonde de qualité ne coûte pas si cher. Recalibrez tous les 6 mois.
2. Éviter les écrans incurvés
Ça peut paraître une bonne idée (format panoramique, remplace deux écrans). Mais ils obligent le cerveau à corriger les lignes. Dans mon cas, il m’a fallu 3 mois pour voir des lignes droites sur un écran plat après avoir utilisé un écran incurvé pendant 1 an.

3. Contrôler l’environnement lumineux
Avec une dalle brillante OLED, travaillez dans un environnement lumineux contrôlé.
4. Verifier la clarté du texte que l’écran peut afficher
Pour faire court et un peu technique, le problème n’est plus d’actualité, avec certaines dales les groupement de sous-pixels rendaient la lisibilité du texte légèrement moins bonne. Donc ça pouvait être gênant pour ceux qui font beaucoup de bureautique.
L’avenir proche
Aujourd’hui, publier des photos en HDR a peu de débouchés (Instagram dans des cas très restreints). Mais ça va venir très vite.
Évidemment, ces écrans gaming 😉 HDR sont aussi parfaits pour le SDR — c’est-à-dire pour tout notre travail actuel. De toute manière, c’est hyper agréable de travailler sur ces écrans au quotidien.
Conclusion
Investir intelligemment
Je ne dénigrerai pas les écrans professionnels (BenQ, EIZO, ViewSonic) — ce sont les véritables références du secteur. Mais pour la majorité des photographes, les gains de qualité perçue et de performance sont difficilement justifiables comparé à l’a différence abyssale tarifaire !
La différence entre un écran à 6 000 euros et un écran à 600 euros ? Vous l’apercevrez à peine. Elle ne vous ramènera pas de nouveau client, elle ne vous rendra pas meilleur photographe.
Que faire avec 5 000 euros de différence ?
Quelques exemples :
- Un vrai boîtier de secours
- Deux, trois, quatre belles optiques
- Du stockage sécurisé pour vos photos (Le truc qui coute 3 reins et dont on repousse toujours l’achat à plus tard tellement c’est peu sexy comme investissement)
- De l’éclairage : flashs, modificateurs de lumière
- Des équipements avec un impact direct sur votre capacité à produire de meilleures/différentes choses pour vos clients.
Pour résumer
En 2025, pour un écran photo/vidéo :
- Écrans gaming 😉 HDR haut de gamme (QD-OLED ou mini-LED)
- 27 pouces en 4K ou QHD minimum
- Doit couvrir plus de 90% de l’espace adobeRGB et idéalement 100% DCI P3 (un espace lié au HDR)
- Calibrez avec une sonde colorimétrique
- Environnement lumineux contrôlé
- Économisez des milliers d’euros à réinvestir ailleurs
Je ne suis pas un « grand » photographe de produits qui fait des projets à cinq chiffres avec sa Rolex de cinquantenaire (mais je fais beaucoup de photos de produits très sérieusement quand même !). Mais il n’y a aucune honte à optimiser ses investissements.
Je parle d’une alternative pour ceux qui préfèrent orienter leur budget sur des choses qui ont une efficacité plus directe sur ce qu’ils peuvent montrer à leurs clients.
Le monde de la photographie évolue. Nos besoins aussi. Il est temps d’adapter nos investissements en conséquence.
Et pour finir quelque exemples… enfin presque :
Dans le monde du gaming (toujours prononcer gaaaaaaayming), les fabricant aiment bien strass et pas trop la finesse. Donc les nom de modèles sont à coucher dehors… plus il y a de lettre plus ils sont content.
Alors à titre d’exemple, fin 2025, en 27 pouces vous pouvez trouver le DeLL AW2725Q pour 580€.
De mon côté j’utilise un Aorus FO32U2, 32 pouces, donc un seul écran me suffit. Par contre, ça coutait 850€…ce qui parait très cher mais reste presque 10 fois moins cher que l’équivalent chez les marques spécialisées photo/vidéo.
Marc Allenbach - 6 fois champion du monde de Candy Crush et de Counter Strike (catégorie senior-déclinant) et par moment...photographe.